Juillet 1942 – La rafle du Vel’d'Hiv’

Cette semaine, mercredi 10 mars 2010, sort sur les écrans français (au cinéma)
un film de Roselyne Bosch « La Rafle » avec Jean Reno, Gad Elmaleh et Mélanie Laurent.
Les dialogues de la vidéo c’est ici !
De nombreuses années ont passé avant que la très grande majorité des Français reconnaissent le rôle coupable de la police française et par conséquent du gouvernement antisémite du Maréchal Pétain, héros de la 1ère guerre mondiale. Il a fallu attendre le 16 juillet 1995 pour qu’un Président de la République Française, Jacques Chirac, reconnaisse la responsabilité de l’Etat Français dans les actions odieuses menées contre les Juifs – au-delà de ce que demandaient les Allemands à cette période en France -. C’est une période que les Français ont eu beaucoup de mal à regarder en face.
Le discours de Jacques Chirac juillet 1995 - cliquez ici !
En été 1942, la France est occupée par les Allemands depuis 2 ans.
Les 16 et 17 Juillet 1942, 4500 policiers sont mobilisés pour aller chercher les Juifs partout où ils se trouvent dans Paris, aussi bien les Juifs étrangers que français. 50 bus sont réquisitionnés pour amener les Juifs jusqu’au vélodrome d’hiver (un endroit très connu des parisiens pour les courses cyclistes – le Vel’d'Hiv’). Pendant 5 jours, plus de 10000 personnes – enfants, vieillards, femmes, hommes – vont être entassés dans cet espace bruyant et nauséabond. Très rapidement ces pauvres gens n’ont plus rien à manger, ni à boire. Ils ne disposent même pas de toilettes. Parmi toutes ces personnes, il y a 4000 enfants.
Tous ces gens seront envoyés par wagons entiers d’abord dans des camps d’internement français comme ceux de Beaume-La-Rolande, de Pithiviers ou Drancy, avant d’être conduits vers la mort à Auschwitz, les enfants séparément de leurs parents.
Je vous propose cette vidéo pas très récente mais qui retrace bien cette période horrible.
Le texte de la vidéo ci-dessous ↓
Fin juin 1942, les dirigeants allemands projettent une grande rafle dans Paris pour la mi-juillet. Six mois plus tôt les nazis ont élaboré à Wannsee la solution finale, l’anéantissement total des Juifs d’Europe.
Le 2 juillet, l’occupant allemand insiste fermement auprès de René Bousquet, secrétaire général de la police, pour que les arrestations soient effectuées par la police française et que toutes les mesures concernant les Juifs soient exclusivement laissées à la diligence de ses services. Les responsables de la police allemande s’en remettent donc, pour l’essentiel, à la police française.
La date du 14 juillet est d’abord arrêtée puis jugée gênante et repoussée au 16 pour éviter une coïncidence fâcheuse avec la fête nationale. Cette rafle ne fut ni la première ni la dernière mais elle surprend par son ampleur et surtout parce que, pour la première fois, on arrête également les femmes et les enfants.
L’objectif des Allemands était d’arrêter à Paris et dans la région parisienne 28000 Juifs des deux sexes de 16 à 50 ans. Mais, prétextant une mesure humanitaire, Laval propose que les enfants de moins de 16 ans soient emmenés eux aussi avec leurs parents – des enfants dont la plupart sont français -pour ne pas séparer les familles-.
La veille de la rafle, la compagnie des transports en commun de la région parisienne aligne dans ses dépôts les autobus réquisitionnés.
A la police, toutes les permissions ont été supprimées. Toutes la nuit on n’en finit pas de cocher les listes. Les fiches recopiées à la main et distribuées dans les différents arrondissements sont accompagnées d’instructions.
- Aucun membre de la famille ne restera dans le logement et les enfants ne devront pas être confiés au voisin.
- Les clés et les animaux domestiques seront remis à la concierge.
- On conduira les familles avec les enfants au Vélodrome d’Hiver, rue Nélaton dans le 15ème arrondissement.
- Les couples sans enfant seront amenés à Drancy
Avant l’aube du 16 juillet, 4500 policiers, tous français, passent à l’action. 12884 Juifs étrangers ou d’origine étrangère vont être arrêtés, dont 5082 femmes et 4051 enfants.
- Ca faisait des mois et des mois qu’on vivait dans la rumeur. Ce qui fait qu’on avait toujours la crainte que ça se passe le lendemain mais il y avait toujours ce problème économique qui faisait qu’on ne pouvait pas partir. Et il y avait en même temps la méconnaissance absolue de ce qui pouvait se passer.
- Quitter Paris ce n’était pas possible. On n’avait pas d’argent autre que ce que ma mère gagnait au fur et à mesure. Nous n’avions pas de relations à l’extérieur de Paris. Rien qui puisse nous permettre d’aller ailleurs. C’était ça le problème.
- La veille, justement, une camarade juive du lycée m’a dit « écoute, tu sais qu’on parle d’arrestations de femmes et d’enfants pour demain ». Elle dit : « nous, on s’en va, on va se cacher ». Et alors, je suis revenue chez ma mère, donc le soir, et je lui ai dit « tu sais, j’ai entendu qu’on disait qu’on allait arrêter des femmes et des enfants demain, qu’on allait arrêter beaucoup de Juifs demain. Elle m’a dit : « Ecoute, ça ce n’est pas possible ! » Elle n’y croyait pas !
- Nous nous sommes agrippés à notre mère et nous l’avons suppliée de partir et elle est restée comme ça en désespoir et je me demandais –longtemps après – pourquoi elle n’avait pas essayé de distribuer ses enfants. Choisir entre ses enfants, c’est l’horreur. Elle en avait quatre. Alors, les éparpiller dans la maison…elle n’était pas sûre qu’il n’y ait pas un locataire voisin ou des gens qui la dénonceraient ou bien qui nous ramèneraient.
- Déjà, il y a eu une soirée très très chaude, très lourde. Moi je me souviens encore que mon père, la veille, très tard dans la nuit – je m’étais réveillé -, il était à la fenêtre et je l’ai entendu dire à ma mère « encore une journée de passée ». Et puis la police est arrivée à 7 heures du matin et quand je dis qu’on a frappé à la porte à 7 heures du matin, c’est un euphémisme. On a heurté la porte à coups de poings et à coup de pieds. Il y avait deux policiers, et l’un des deux avait été notre voisin de palier très longtemps. Donc, il nous connaissait très bien.
Je voudrais dire par là que…il n’y a pas eu de policiers qui aient prévenu leurs amis. Moi j’en ai pas rencontrés. En tous cas, si un policier avait dû nous prévenir, ça aurait dû au moins être celui-là.
- Les bruits de pas dans l’escalier et puis ces deux mots « ouvrez, police ! » lâchés avec haine.
- J’ai été réveillée en sursaut et j’ai été terrorisée. Je sais que c’était deux hommes mais qui n’étaient pas en uniforme. Donc c’était des policiers en civil. Ils sont rentrés, ma mère a été ouvrir la porte. Ils lui ont dit : « Pressez-vous, préparer quelque chose et vous devez nous suivre ». Je sais que c’est ma mère qui m’a habillée parce que j’étais incapable de m’habiller tellement j’avais peur.
- Rentrent deux messieurs, en civil, avec des yeux que je n’oublierai jamais. Des yeux de poissons morts. La fenêtre de la pièce où nous étions était ouverte, il faisait très chaud, comme je vous l’ai dit tout à l’heure. Un agent est allé vers la fenêtre et l’a fermée. Et maman lui a dit : « Et pourquoi vous fermez la fenêtre ? ». Il a dit : « Parce que ce matin nous sommes allés arrêter quelqu’un et la femme s’est jetée du 4ème étage et s’est tuée en se jetant par la fenêtre. Alors on ne veut pas que ça recommence, je ferme la fenêtre ».
- Mon père a pris mon petit frère par la main, moi j’ai pris maman par le bras, puis on est partis. Et puis, à la porte de la maison, on a rencontré quelques autres personnes et la police…il y avait énormément de policiers, je spécifie ce n’était que des policiers français, que la police française. Et à la porte de la maison, je me souviens d’une voisine, une espagnole –entre autre, son mari était parti volontaire pour travailler au « mur de l’Atlantique » – qui est venue nous apporter une plaque de chocolat. Et puis j’ai vu un petit copain de mon petit frère Raymond qui a commencé à hurler. Il tenait mon petit frère d’une main et sa mère de l’autre et il hurlait : « Maman ! Prends Raymond ! Ne laisse pas partir Raymond». Et maman qui n’arrêtait pas de pleurer, elle n’arrivait pas à dire un mot. Elle était incapable de bouger ou quoi que ce soit. Et puis, le petit qui s’appelait Guy, qui hurlait « Maman prends Raymond, prends Raymond ! ».
Sa mère a demandé aux policiers « Laissez-moi le petit, je m’en occuperai, je m’en occuperai avec mon fils. Le policier a dit : « Non, je ne peux pas, il faut que je l’emmène ». S’il avait voulu, il aurait pu. Il n’y avait pas un allemand, il n’y avait personne.
Les familles sont emmenés 5 jours plus tard en wagons à bestiaux dans les camps de Pithiviers et Beaume-La-Rolande pour y être internés avant de partir pour Auschwitz.
Ni le gouvernement, ni l’administration ou la police ne se font d’illusions sur le sort de ces Juifs qui vont quitter la France.
Va alors se poser le problème suivant : que faire des ces 4051 enfants de 2 à 15 ans arrêtés en même temps que leurs parents. Que faire d’eux puisque les allemands ne les réclament pas.
Le responsable allemand du service des affaires juives de la Gestapo à Paris pose la question à Berlin. Mais la réponse d’Heichmann ne vient pas immédiatement. C’est Laval, par l’intermédiaire de Bousquet, qui a insisté pour que les enfants soient arrêtés et déportés eux aussi.
Dans ces camps du Loiret, commence la séparation des mères et des enfants, déportés séparément à quelques semaines d’intervalle.
Robert Brasillach peut écrire : « Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder de petits ».
En France, après la libération, Charlotte Schapira et Sarah Lichtsztejn, arrêtées toutes deux – la première dans un foyer d’enfants, la seconde dénoncée par une lettre anonyme – et déportées en 1944 firent parties des 2600 rescapés qui revinrent des camps.
2600 sur 80000 Juifs déportés. A cela il convient d’ajouter les 3000 Juifs morts dans les camps de concentration ouverts en France.
Des 3500 enfants du Vel d’Hiv’ envoyés dans les camps d’extermination qui n’avaient que le tort d’être nés Juifs, pas un seul ne devait revoir la France, ce pays où ils étaient nés.

